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FOCUS - Les toilettes scolaires : un enjeu essentiel pour une école saine, inclusive et durable

L’importance discrète mais essentielle des toilettes

Les toilettes de l’école constituent un espace souvent franchi mais rarement valorisé, alors qu’elles structurent le quotidien de toute la communauté éducative. Leur état, leur gestion, leur entretien et leur accessibilité jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement de l’école. Elles influencent des aspects aussi variés que l’hygiène, le climat scolaire et même l’inclusion. Malgré cet impact, elles restent encore trop souvent absentes des priorités d’aménagement.

  1. Introduction : une problématique trop souvent négligée
  2. Accès et suffisance des installations 
  3. Hygiène, entretien et santé publique
  4. Intimité, sécurité et égalité 
  5. Localisation et accessibilité des toilettes dans l’école 
  6. Enjeux écologiques et gestion de l’eau 
  7. Toilettes sèches et alternatives durables 
  8. Initiatives et pistes d’action 
  9. Conclusion
  10. Références utiles et programmes d'action

Introduction : une problématique souvent négligée

Les toilettes à l’école représentent un lieu fondamental du quotidien des élèves. Pourtant, elles sont fréquemment perçues comme secondaires dans les projets de rénovation ou de construction d’écoles. Or, leur état influence de nombreux aspects : santé physique, santé mentale, réussite scolaire, égalité entre les élèves et durabilité écologique.

Dans les écoles bruxelloises, comme ailleurs, la situation est préoccupante : selon le programme « Ne tournons pas autour du pot ! », de nombreux élèves pointent l’état insalubre, dégradé ou insuffisant des toilettes et beaucoup les évitent, avec des conséquences directes sur leur santé, leur bien-être et leurs apprentissages.
Les sanitaires scolaires doivent donc devenir un véritable enjeu des projets de rénovation ou de construction des équipements collectifs : ils touchent à la santé publique, à l’égalité, à l’inclusion et à la durabilité. Investir dans des toilettes propres, accessibles et adaptées, c’est investir dans le bien-être des enfants et dans la qualité du système éducatif tout entier.

Chiffres clés en Région de Bruxelles-Capitale

► 1 élève sur 2 n’utilise les toilettes qu’en dernier recours ou n’y va jamais.

► Près de 1 sur 6 élèves ne se sent pas en sécurité aux toilettes.

► Seulement 50 % des toilettes sont jugées propres ou acceptables et 17 % sont considérées comme « très sales » ou « inacceptables ».

► Problèmes les plus fréquents : manque de savon et de papier, portes cassées, absence de poubelles, accès restreint, trop peu de cabines.

Selon les enquêtes menées par la Fondation Roi Baudoin et divers partenaires (KBS-FrB, Le Vif, Renoscripto) 
https://kbs-frb.be/fr/toilettes-lecole-pres-dun-eleve-sur-six-ne-sy-sent-pas-en-securite

Ces chiffres montrent l’importance d’investir dans des sanitaires de qualité, pensés comme des espaces facilitant le bien-être et l’apprentissage. Cette synthèse passe en revue différentes problématiques rencontrées et des liens utiles pour des sanitaires vecteurs d’inclusion, de bien-être et de durabilité.

Accès et suffisance des installations

Quelles sont les recommandations chiffrées?

Un des premiers points d’attention est de doter les infrastructures de toilettes en nombre suffisant par rapport au nombre d’usagers et d’usagères.

Le Code du bien-être au travail (Livre III, Titre Ier, Chapitre VI, Sections I, III et IV) fixe des recommandations qui, bien que pensées pour le monde du travail, servent de référence pour les écoles :

  • 1 WC pour 15 filles ;
  • 1 WC pour 15 garçons, avec possibilité de remplacer une partie par des urinoirs (au moins 1 WC pour 25 garçons) ;
  • 1 lavabo pour 4 WC/urinoirs.

Pour plus d’information, voir page 61 du Guide Mon École un espace de qualité 

Ces installations doivent être en bon état de fonctionnement. Cependant, dans de nombreuses écoles bruxelloises, ces ratios ne sont souvent pas respectés, ou bien le nombre de WCs en état de marche est insuffisant, ce qui entraîne des files d’attente, des restrictions d’accès et un certain inconfort.

Voir également des témoignages "Ne tournons pas autour du pot!"
 

Hygiène, entretien et santé publique

Le constat des élèves : un malaise généralisé

Les élèves sont unanimes : saleté, dégradations et inconfort. Le manque de savon, papier toilette, poubelles adaptées, ainsi que la défectuosité des équipements rendent les sanitaires difficilement utilisables.

L’arrêté royal du 23 juin 1967 fixe des références en matière de temps de nettoyage scolaire en fonction des surfaces, permettant ainsi de calculer le nombre minimal d’agents d’entretien nécessaires. Dans la pratique, le personnel d’entretien est souvent insuffisant, ce qui se répercute sur le niveau de propreté et la qualité du confort. Cette situation peut parfois entraîner des dégradations, ainsi que des usages inappropriés des lieux, contribuant à l’aggravation progressive de l’état des installations et au malaise des usagers.

Intimité, sécurité et égalité

De nombreux élèves signalent un manque de respect de l’intimité : une absence de verrous, des portes trop basses, des ouvertures au-dessus ou en dessous des portes, ou des cabines mal conçues. Les filles sont particulièrement touchées par le manque de toilettes suffisantes et l’absence d’équipements adaptés aux menstruations. Les élèves en situation de handicap rencontrent aussi de nombreux obstacles.

Les besoins spécifiques des élèves LGBTQIA+ plaident en faveur de toilettes unisexes individuelles, en complément des blocs séparés, afin de garantir un espace inclusif et sécurisant.

Localisation et accessibilité des toilettes dans l’école

La répartition des toilettes dans le bâtiment scolaire est un facteur clé d’accessibilité. Il est recommandé d’installer au moins un bloc sanitaire à chaque étage, ainsi que des sanitaires proches des cours de récréation et du réfectoire. Les sanitaires doivent être accessibles aux élèves à mobilité réduite et répondre aux normes d’accessibilité universelle.

Extrait du Guide « Repenser la cour de récréation. Guide pour l’amélioration des cours de récréation en Région bruxelloise ».

Enjeux écologiques et gestion de l’eau

Quelles solutions écologiques existent ?

La problématique des toilettes scolaires s’inscrit dans la gestion durable des ressources, en particulier de l’eau. Les chasses d’eau représentent une part importante de la consommation dans les bâtiments scolaires. Bruxelles Environnement rappelle que la gestion durable de l’eau est une priorité régionale.

Solutions techniques :

  • Chasses d’eau à double débit ou systèmes automatiques ;
  • Robinets temporisés ou à capteurs ;
  • Récupération des eaux de pluie pour alimenter les chasses ;
  • Suivi et affichage de la consommation pour sensibiliser les élèves.

Ces solutions s’intègrent dans une logique d’éco-construction et d’éco-rénovation.

Extrait p71 du Guide Mon École un espace de qualité

Toilettes sèches et alternatives durables

En complément des solutions classiques, les toilettes sèches constituent une alternative durable qui s’inscrit dans les objectifs environnementaux de la Région de Bruxelles-Capitale. Elles permettent de réduire considérablement la consommation d’eau potable et de valoriser les déchets organiques.

Expériences à Bruxelles :

  • L’Institut de l’Assomption Sainte-Thérèse a mis en place des toilettes sèches, avec un suivi pédagogique impliquant directement les enfants dans la gestion du compost (voir : bubble.brussels).
  • Bruxelles Environnement a publié en 2023 un rapport mettant en avant l’utilisation des toilettes sèches et du lombricompostage comme technologie innovante et durable (voir : environnement.brussels).

Atouts des toilettes sèches :

  • Réduction de la consommation d’eau (jusqu’à 100 % pour les chasses d’eau).
  • Valorisation des matières organiques via compostage.
  • Dimension pédagogique en sensibilisant les élèves à l’économie circulaire et à l’écologie.
  • Contribution à une école durable et innovante.

Initiatives et pistes d’action

Les bonnes pratiques incluent l’implication des élèves dans des projets participatifs (ateliers, comités toilettes), la sensibilisation à l’hygiène et à l’économie d’eau, ainsi que la mobilisation des subsides proposés par AGION, la FWB-DGI ou le Fonds BYX.

À l’étranger, des exemples en Finlande et en Angleterre montrent l’efficacité de projets participatifs associant directement les élèves.

Conclusion

Les toilettes scolaires influencent bien plus que le confort : elles touchent la santé, l’égalité, la sécurité, l’inclusion, le bien-être, et même la durabilité des bâtiments scolaires.

Investir dans des sanitaires propres, accessibles et adaptés, c’est investir dans une école plus respectueuse, plus saine et plus accueillante pour tous les élèves.

Références utiles

Programmes de soutien 

Le programme « Ne tournons pas autour du pot ! », soutenu par la Fondation Roi Baudouin, propose des aides financières jusqu’à 5 000 € par école pour la rénovation des sanitaires. Plus de 400 établissements ont déjà bénéficié de ce soutien, soit près de 2 millions d’euros investis. Ces actions contribuent à améliorer l’accès, l’hygiène et la dignité des élèves.

Appels à projet du Fond BXY : dont celui pour les écoles du fondamental (cloturé en 2025) et pour les écoles secondaires (en cours, début 2026)